Photos Souvenirs

J’ai commencé à m’intéresser à mes photographies de famille, lorsqu’en feuilletant l’album de mon enfance, je me suis retrouvée submergée par une émotion dont je n’arrivais pas à déterminer l’origine. Ces photographies prises il y a 40 ans et dont je ne me souvenais ni du moment de la prise de vue, ni de ce qui avait suivi ou précédé cet instant, réveillaient en moi une angoisse de quelque chose de familier et totalement inconnu à la fois, une sorte d’étrangeté inquiétante dont parle Freud. Ces moments fixés sur du papier me représentent, parlent de moi, de ma famille, et disent des choses sur la question de l’identité, de ma place dans le monde, mon histoire familiale et ses secrets, les peurs qui m’ont construites et tout ce qui me constitue aujourd’hui. J’ai décidé d’explorer la mémoire de l’enfance parce que cela me permet de comprendre qui je suis et de définir mon identité aujourd’hui.

 

Je choisis des instantanés parce qu’ils sont liés au souvenir et à la perte. Ces photographies sont des fragments de mon passé que j’interprète dans une perspective subjective, comme autant de confessions. Le passé d’un être humain, à la différence des vestiges de quelque temple antique, n’est ni fixe ni fini mais reconstitué par le présent. Dans ce dessein, je vais utiliser les travaux d’aiguille : la broderie et le perlage.

 

La broderie est une activité spécifiquement féminine. Autrefois la brodeuse était un parangon de vertu. L’attente est également liée à cette activité : les femmes brodaient, espérant le retour de l’homme au foyer.

La broderie est étroitement liée au milieu où j’ai grandi. On apprenait aux filles de bonnes familles à coudre et à broder. C’est l’activité réservée aux femmes parfaites.

Ma mère a brodé son trousseau. 

Cette activité n’a rien de subversif, mais je la pervertis par mon propos. Je me sers de ses artifices faussement décoratifs pour réinterpréter mon histoire et en dénoncer les travers. Les deux activités se rejoignent dans une forme de contestation, la broderie, signe d’une bonne éduction de femme d’intérieur et le propos que je dénonce ne font pas de moi ce à quoi j’étais destinée: une sage fille, une bonne épouse et une mère aimante.

 

Pour broder ma photographie, je vais percer le papier. À chaque point, je troue le papier avec une aiguille. Chaque trou est une mise à mort de mes démons. C’est comme un exorcisme. Je perce le papier jusqu’à ce que je n’aie plus mal.

Je relie ces points de souffrance à l’aide de mon fil et de mon aiguille et je transforme les traces du passé. Le fil et l’aiguille, accessoires de la femme d’intérieur parfaite, ont une fonction de réparation. Comme un rituel de guérison, point après point,  je sublime les tremblements intérieurs, les séismes intimes de l’enfance pour en faire une œuvre cathartique.

 

Les perles choisies pour leur brillance et leur fragilité accentuent le côté décoratif et créent un décalage. 

 

J’ai créé un album imaginaire comme une traversée des apparences où je déconstruis le mythe de la famille idéale pour laisser émerger une image plus nuancée. Mes travaux d’aiguilles qui rappellent les conflits, le drame, la douleur convoquent la matière noire de l’histoire familiale, absente justement de ces photographies-là.Ce travail lent et précis est la métaphore d’une fabrique minutieuse de soi et du temps qui passe.

I started to get interested in my family photographs, when flipping the album of my childhood, I found myself overwhelmed by an emotion I could not determine its origin. These photographs taken forty years ago and which I do not remember the time of the shooting, neither of which had followed or preceded this moment, awakened in me a fear of something familiar and totally unknown to both a kind of uncanny Freud speaks. These moments are fixed on paper to me, talking about me, my family, and say things on the question of identity, the power of filiation, my place in the world, my family history and secrets, fears that have built up and all that is me today.

 

 

I decided to explore the memory of childhood through my family photographs, because it allows me to understand who I am and to define my identity today.

I selected snapshots because they are linked to memory and loss. . They are fragments of my past that I interpret in a subjective perspective, as so many denominations. The past of a human being, unlike the remains of some ancient temple, is neither fixed nor reconstituted but finished by this.

To accomplish this work of deconstruction, I use needlework: embroidery and beadwork.

 

Embroidery is a specifically feminine activity. Formerly the embroiderer was a paragon of virtue. The wait is also related to this activity: embroidered women, hoping for the return of the man in the home.

Embroidery is closely linked to the environment in which I grew up. We were taught to girls from good families to sew and embroider. This is the perfect activity reserved for women.

My mother embroidered her trousseau.

 

This activity has nothing subversive, but I perverted by my point. I use his falsely decorative tricks to reinterpret my story and denounce through. The two activities come together in a form of protest, embroidery, sign of a good education homemaker and about that I do not denounce me what I was meant: a good girl, good wife and a loving mother.

 

To embroider my photography, I'll pierce the paper. At each point, I perforates the paper with a needle. Each hole is killing my demons. It's like an exorcism. I pierce the paper until I have no more evil.

I connect these pain points with my thread and needle, and I transform my traces of the past. The needle and thread, accessories for the perfect housewife, have a repair function. As a healing ritual, stitch by stitch, I sublime intimate tremors, earthquakes inner child into a cathartic work.

The beads chosen for their brilliance and fragility accentuate the decorative side, creating a mismatch.

I'm building a fantasy album like a crossing of appearances where I enjoy demolish the myth of the ideal family to let emerge a more nuanced picture. My work reminiscent of referrals conflict, drama, pain summon dark matter of family history, absent precisely these photographs there.

This slow and precise work and metaphor of a careful manufacture of self and of time passing.

© 2017 Carolle Bénitah

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